les pieds sur terre

la tête dans les nuages

 

Je me suis demandée s'il fallait que je confie la redoutable et rébarbative tâche de la bio à quelqu'un d'autre. Je cracherais alors ma vie et cette plume éloquente, belle et infidèle, la rendrait plus romanesque qu'elle ne l'est déjà. Mais j'ai pensé que tu n'aimerais pas ça, et que j'en serais moins authentique. Du romanesque, ma vie, elle en déborde. Et puis, s'il faut que je me dévoile, c'est pour tisser ce lien sacré, presque intime, avec toi. Alors t'es prêt(e)?

Je pourrais commencer par te dire que ce que j'aime le plus, c'est prendre soin de ma famille et de mes amis. Notamment en cuisinant. Par exemple, du pain au chocolat et aux noix, parfum d'orange (recette de merveilleuse grand-mère). Je pétris à la main, looooooooongtemps (c'est du cardio, j't'assure!), et je réchauffe chaque molécule de pâte avec mon cœur. Puis je te l'offre (chaud de préférence!). Comme ici, pour mon amie Isa.

On appelle cette grosse brioche du Cozonac. Et je ne l'invente pas pour une fois. Car crois-moi je suis la reine des néologismes. Par exemple, si je te regarde et que je te demande de me passer "une trombone de couture", tu me donnes quoi? Une épingle j'espère, parce que c'est que j'avais en tête.

Allez, je me lance. Je te raconte ma vie pour de vrai, si t'as le temps...

CHAPITRE 1: LA ROUMANIE

Je suis née l'hiver, dans le froid et la neige. Au creux des montagnes roumaines. Dans les Carpates. Mon village natal en Roumanie s'appelle "La vallée des aulnes" (Valea Arinilor). J'y ai grandi jusqu'à l'âge de cinq ans, j'ai escaladé ses versants, grimpé à ses arbres, volé les cerises rouges des voisins (quand ça dépasse, est-ce vraiment du vol?), j'ai fait la queue chez la boulangère communiste (qui rationnait le pain), j'ai cueilli du muguet (ici c'est le lys, là-bas c'est le muguet), j'ai admiré ses nuages, gros, gras et gris. Je me suis lové dans les jupons de ma grand-mère, tout en tirant la langue à mon petit voisin éploré. Et j'ai pourchassé sans relâche les oies en vadrouille, sur ses chemins tortueux. 

C'est ma grand-mère (Mama-Natalia) et mon grand-père (Ion) qui m'ont élevée, ces années là. Chaque matin, mon grand-père, partait aux aurores sur les chantiers de pétrole, et n'oubliais pas de me glisser en douce un bonbon dans la poche, que je dégustais sans attendre au réveil. Je passais mes journées avec Mama-Natalia, à nourrir les poules, les cochons, à jouer dans les champs de maïs, pendant qu'elle labourait. Moi, j'ai goûté chaque mauvaise herbe que j'y voyais (désolée mamie!). Et puis le soir, je me transformais en public contemplatif devant Ion, qui me posait sur une botte de foin dans le grenier et me jouait, à l'accordéon ou au violon, tous les airs de son répertoire. Certains disent que c'est ici que tout aurait commencé pour moi. Cette passion, presque obsessive. Moi, j'aime les croire.

Tu te demandes à quoi ça ressemble du roumain et les chansons montagnardes qui ont bercé mon enfance. Voici l'une de mes préférées. Écoute-là jusqu'à la fin, si tu veux des frissons. {Caciula - Cenaclul Flacara, Ion Hagiu}

 

Alors, OUI! Mes pieds sont bel et bien sur terre, une terre rocailleuse, celle des gens de la campagne, qui savent que dans la vie le plus important c'est la bouffe et la famille. Mais c'est aussi une terre de montagne et les montagnes ça gratte le ciel et chatouille les nuages. Tu ne crois pas?

 

CHAPITRE 2 : LE MAROC

Mes parents dans tout ça? Et bien, pendant que je faisais fondre les mamies du village et tourmentais leurs oies, ma mère (Silvia) et mon père (Abdel) tentaient tant bien que mal de nous construire un avenir ensemble. Quelque part. Entre les études, les chantiers, coincés dans une relation à distance de plusieurs milliers de kilomètres. C'était l'époque communiste, là où les rêves d'indépendance s'étouffent dans la désillusion. Alors, sans ne rien y comprendre, je débarque au Maroc, à 5 ans. J'apprends à connaître mes parents, loin des oies et des montagnes. Il fait chaud, j'apprivoise les rivages d'une plage, couleur mandarine, made in Morocco. Ici personne ne parle roumain, il y a des palmiers et on roule en Fiat (une vielle Fiat 127, gris bleu-vert-kaki). On se salue en français, en arabe et même en espagnol. Il y aussi l'océan (l'Atlantique), les dunes de sable, le cumin et les fruits juteux qui dégoulinent sur ton menton quand tu croques dedans. Mes nouveaux amis (qui ne sont plus des "camarades") sont pour la plupart Marocains (bien-sûr!) ou Maroco-quelque chose (surtout Maroco-Français, mais aussi Maroco-Slovaques, Maroco-Italiens... mixtes comme moi!). Je vais à l'école française, je joue du Molière (j'ai même fait chanter du Mariah Carey à l'une de ses précieuses ridicules, à Tanger), j'aime Prévert, mon père chante Aznavour, Brel, ou Moustaki. Ma ma mère roule ses "R" et nous fait découvrir les films musicaux de son enfance (Robert Wise remportait la palme avec La Mélodie du bonheur et West Side Story, mais on ne négligeait pas les autres classiques comme Chantons sous la pluie ou les films chantés par Barabara Streisand). J'ai maintenant un drôle de petit frère: Mehdi (regarde, il est artiste lui aussi, bédéiste en Belgique). Le dépanneur, lui, il est toujours berbère, et ici on ne mange pas de miche, mais de la baguette, de la Parisienne, comme on dit. Quant à moi, je chante. Je découvre la scène à 15 ans, à Casablanca. Mon premier numéro? Un, Deux, Trois de Goldman, Fredericks, Jones. Écoute la, elle en vaut le détour.

 

Je chanterai souvent à Casa. Surtout à la FOL, la Foire des œuvres laïques. Parfois devant plusieurs centaines de personnes même. Mes amis jouent de la guitare, chantent, tournent les platines et certains ont même leur propre festival aujourd'hui, comme Momo (mon complice à la sono), créateur de L'BOULEVART, vitrine exceptionnelle pour les musiques actuelles et urbaines du Maroc et d'ailleurs.

Je suis ado, rebelle et chanteuse, parfois de rock, de country même (Oh Patsy et Emmylou!), mais aussi des chansons françaises. Tout le monde autour de moi le sait, de toute façon, Ania elle chante et chantera toujours, jusqu'en dans les nuages.

 

CHAPITRE 3: LE QUÉBEC

Tu t'es rendu(e) jusqu'ici? Merci!

Tu arrives au bon moment. Après un mini détour en Roumanie d'un an, c'est ici que j'arrive au Québec. J'ai 19 ans, bientôt 20. Je m'inscris à l'université. Puisque la musique n'est pas un choix viable pour mes parents, ce sera la traduction. Les mots, je les ai toujours aimés de toute façon et avec toutes ces langues que je parle... faut bien que ça serve un peu. Mes rêves de musique pétillent toujours. On me dit de consulter le journal VOIR. Une annonce m'intrigue. Un concours de chant. Ça s'appelle Ma première Place des arts. Alors j'envoie une démo (et j'enregistre pour la première fois en studio, quelque part à Terrebonne). Je poste le CD, comme une bouteille à la mer, dans un pays que je ne connais pas encore. Et on me rappelle. Je suis retenue! Pour vrai? Mon rêve, il est là. De l'autre côté de la porte. Je leur chante ce que je connais. Du Patricia Kaas. On m'applaudit. L'un des juges se lève debout même! J'y crois. Quelques jours plus tard, le téléphone sonne. J'inspire. Je sens les larmes monter. Puis couler. On me dit de revenir et de chanter du Daniel Bélanger... par exemple. J'ai boudé (et beaucoup pleuré). Et puis, plus tard, j'ai écouté. Du Bélanger, du Gilles Vigneault, du Richard Desjardins, du Plume Latraverse (Oui, oui!), du Jean Leloup, du Pierre Lapointe (en boucle!). Je ne me suis jamais arrêtée. La passionnée obsessive que je suis se bourre les tympans de musique. Je me lie d'amitié avec le plus grand amoureux du Québec qui soit. Mon grand ami Charles. Il m'emmène voir Michel Paglioaro, Zackary Richard (ok pas Québécois, mais pas loin!). Je tombe en amour avec le jazz, je me réfugie d'ailleurs au House of Jazz les samedis et je tripe, ni vue ni connue. Les années ont passé et je ne me suis jamais représentée. Mais je continue de chanter. Dans les comédies musicales de l'Université de Montréal, je passe quelques auditions, je chantonne pour quelques groupes, parfois sur des scènes ouvertes (aux open mics du Brutopia, à la SAT, quelques impros volées au Bistro à Jojo aussi) et je rêve. Je rêve... Quelques producteurs croisent mon chemin. Déception. Je me regarde dans le miroir. J'ai 25 ans, bientôt 30. Ce rêve, j'y crois, de toute mes forces, depuis longtemps. Mais les nuages s'évaporent.

Ils font place à une nouvelle passion: le cinéma (que j'étudie à l'Université de Montréal). Un véritable coup de foudre insoupçonné. Le cinéma c'est moitié image, moitié son, non? Et tellement d'histoires à découvrir et à raconter. Je dis au revoir à la musique. Je suis transportée par Michel Brault et son documentaire Pour la suite du monde, les rêves et les Samouraïs d'Akira Kurosawa (capsule ci-dessous), les personnages loufoques de Jim Jarmush (et sa fabuleuse scène culte du cinéma, mettant en scène le chanteur Tom Waits), les histoires humaines de Truffaut, celles plus étonnantes de Luis Bunuel ou de Cocteau. Et bien sûr, j'aime les films musicaux, en passant par les classiques, les Parapluies de Cherbourg, les Astaire & Rogers, les films de Carlos Saura ou encore le beaucoup moins classique Dancer In The Dark, mettant en vedette l'insaisissable Björk. Je m'arrête là, ok? Je peux encore continuer longtemps, mais j'ai d'autres trucs à te raconter.

 

Et puis, il y a Simon. Je tombe follement amoureuse de lui. Tu l'as entendu toi aussi. Quand tu rencontreras le bon (ou la bonne), tu le sauras. Une phrase qui ne veut absolument rien dire et qui t’énerve, jusqu'au jour où tu le (ou la) rencontre. Simon c'est le calme, la nonchalance et les gestes réfléchis. Je suis son contraire. Il fait de moi une meilleure personne et moi je pimente sa vie! C'est comme ça, chez nous. Un jour, il me fait LA grande demande, on fonde une famille, on quitte Montréal et on s'achète un petit cottage à Trois-Rivières (sa ville natale), notre petit Charles voit le jour et nous comble de bonheur. On se dit oui aussi. Puis, on renouvelle nos vœux. En plein hiver. Tu veux voir?

Renouvellement de voeux, Ania et Simon, au Lac Taureau (organisé par Fleurs & confetti)

Pour désamorcer, après nos vœux, on s'est fait rire un peu parce que, même si je t'ouvre grand la porte, aujourd’hui, sur notre intimité, Simon et moi sommes en réalité très discrets. Voici quelques moments d'insouciance et d'humour, en coulisses (donc image tremblotante parce que c'est du pur Behind the scenes).

On rigole après les voeux - Le parrain

On rigole après les voeux - Simon se moque de mon accent québécois

Des films romantiques, comme le nôtre, j'en fais souvent, mais pour les autres, toujours avec émoi et passion. Pour des amoureux rêveurs, qu'ils soient connus ou pas. :-) La voix, c'est mon âme, la caméra mon instrument. C'est ma manière à moi de créer, tout en payant l'hypothèque et la garderie de ma merveille. Être son propre boss, c'est bien, mais pas toujours un fleuve tranquille. T'es curieux(se), va voir mes films de mariage ici: Luve Films. Pour mes autres films créatifs, je suis La Petite avec une caméra.

Chanter est un rêve de jeune fille. Aujourd'hui, je suis femme, mère, épouse, entrepreneure, cinéaste, chanteuse de comptines le soir et les jours de fièvre. Et j'ai appris que, si les nuages s'évaporent, ils ne meurent vraiment jamais.

Voilà pourquoi, j'ai décidé de regarder vers le haut, de chercher de nouveau ces gouttelettes de nuage. Pour chanter encore! D'abord, en cognant aux portes de La Voix TVA. Tu veux un aperçu de mon audition à l'aveugle?


Sur mon chemin, j'ai rencontré de formidables complices, à qui j'ai demandé de me rejoindre. Nous nous sommes assis en cercle, pour créer. Alors, je chante pour toi. D'abord à coups de reprises, avant de te proposer mes compos. J'essaye de me redéfinir en chanson, au fur et à mesure. Parce que je ne suis plus la même que j'étais, il y a 10 ans. Je suis ravie et honorée que tu m'accompagnes et j'ai très hâte de te dévoiler ces chansons. Une à une. Avec fébrilité et excitation. Si tu ne veux pas les manquer, inscris-toi vite à mon infolettre (ci-dessous).